Bertrand de la Peine, Les Hémisphères de Magdebourg, Les Éditions de Minuit, 2009
Un éminent spécialiste de l’époque seldjoukide meurt assassiné dans des circonstances mystérieuses. Sa fille, Bline,
revient à Istanbul pour récupérer les affaires de son père et se retrouve confronté à son passé et à certains mystères. Notamment des lettres qu’elle a écrire à une certain Benedikt
Centaure-Wattelet, trafiquant d’œuvres d’art véreux, alcoolique et vulgaire. Il se trouve que lui aussi est en Turquie pour une ultime et fructueuse affaire de trafic, en l’occurrence une tête du
colossal d’Hercule.
A Istanbul, Bline enquête, s'interroge : Ces lettres font naître des questions et bien loin de combler des manques
ou de mettre en lumière des pans du passé de mon père, elles ouvrent de nouvelles zones d'ombre et accroissent le doute. Elles créent du vide."
Du vide entre elle et son père. Comme toile de fond, De la Peine part du principe que le vide n’est pas le néant et
ceci à travers le titre qu’il tire de l’expérience de Guericke : Les Hémisphères de Magdebourg. Magdebourg est devenue célèbre grâce à une expérience réalisée par Otto von Guericke (1602-1686),
son bourgmestre, inventeur de la pompe à air. Chercheur en physique des vides, Guericke voulut "réfuter de façon spectaculaire la thèse communément admise de l'horror vacui. Non, selon lui, la
nature n'avait pas horreur du vide". Pour le prouver, il se lança dans cette expérience qui consistait à faire le vide à l'intérieur d'une sphère de cuivre constituée de deux hémisphères creux
simplement appuyés l'un contre l'autre ; il accrocha chacun d'eux à des équipages de chevaux qui se révélèrent incapables de séparer la boule". Constat implacable : le vide n'est pas le néant.
(Extrait du Monde 29/05/2009)
Le vide est la sensation qui se dégage de ce livre. On ne saisit nullement la double intrigue et la double
narration. L’auteur essaye de nous passionner pour les zones d’ombres, mais sans succès. Des personnages insignifiants, des détails désuets ou plutôt sans fondement, bref, un condensé superflu
(La seule note positive c’est le nombre de pages 160).
C’est l’histoire d’un garçon brillant, précocement doué, avec une forte sensibilité romantique. Grass sait, dés le
départ, choisir son destin. Bien qu'il soit d’ascendance mixte, allemande et polonaise, il admire les nazis pour leurs idées de grandeur, de discipline et leur esthétisme. Il collectionne les
cartes de cigarettes représentant des chefs d'œuvres européens - rêvant un moment de porter l'uniforme et d’accomplir son service militaire, loin de sa mère aimante et d’un père effacé, loin de
leur deux-pièces exigu, de sa Dantzig natale. Après une période comme jeune conscrit, Grass se joint à une unité de Waffen SS, rassemblée à la hâte pour protéger
l'écroulement du front de l'Est. Cette période de sa vie, caché depuis des décennies et d'abord révélée dans ce livre, a tout naturellement éclipsé le reste l'ouvrage. Grass passe les derniers
mois de la guerre, souvent pris au piège, derrière les lignes russes. Il survit à plusieurs accidents (évités de justesse). À la fin du conflit, il se retrouve dans un camp de prisonniers de
guerre américain, où il prend des leçons de gastronomie et discute de religion, de poésie et de métaphysique avec un jeune fervent catholique nommé Joseph (futur Benoit XVI) sic
! Après avoir été libéré du camp, il passe plusieurs années d'errance à travers un pays en ruines. Au début, il
travaille sous terre dans une mine de charbon, avant de se faire embauché comme tailleur de pierre. Un tremplin pour obtenir l'admission à l'école des beaux-arts. Devenu sculpteur, il voyagea à
travers l’Europe et fit la rencontre de sa première épouse Anna, avec laquelle il s’installa à Paris dans les années 50, et où il commença à écrire le roman qui allait le rendre célèbre « le
tambour ».
Pelures d’Oignon c’est une métaphore, ça permet de faire ressurgir à la surface le passé enfoui, souvent douloureux.
Il est très facile pour les lecteurs qui ont grandi à l'abri de l'endoctrinement politique et les impératifs du conflit de la seconde guerre de porter un jugement moral. La guerre est injuste,
elle crée des victimes des deux côtés. Peut-on reprocher à un gamin de 16 ans de s’être enrôlé dans les « jeunesses hitlériennes » ? Ce qui est reproché à Grass – prix Nobel de littérature -, c’est d’avoir une sorte de mémoire sélective : une touche
de victimisation avec des chicanes rhétoriques pour minimiser le passé sombre de l’histoire de l’Allemagne. C'est ainsi que chaque sentiment de culpabilité est équilibré par la comptabilité de sa
propre terreur pendant les derniers mois de la guerre, la faim dans le camp de prisonniers, et son statut de refugié, déplacé et semi-orphelin.
Michel Onfray, Le Recours aux forêts, La Tentation de Démocrite, Galilée, Septembre 2009
Michel Onfray se lance dans la poésie, si, si c’est sérieux d’autant plus que le sous-titre de son texte en vers libre a comme toile de fond son hyperborée natal (Argentan en Normandie), terre de
ses ancêtres d’origine danoise. S'inspirant de la tradition islandaise du « recours aux forêts », le texte Michel Onfray, relève d’une dialectique ascétique (enfin presque) différente de
l’épicurien qu’il a toujours été.
Retour à la terre, à la nature, aux origines. « J'aime l'utopie quand elle est projet non encore réalisé » ( ?), en rappelant sa tentative, avortée, de voyage à travers les Etats-Unis sur les
traces des communautés utopiques fouriéristes du XIXe siècle.
« Le sous-titre, "La tentation de Democrite", inscrit l'ensemble sous le signe de ce philosophe, figure du matérialisme radical qui, après avoir beaucoup voyagé, connu le succès, sondé la
profondeur maligne de l'âme humaine, expérimenté l'étendue de la méchanceté du monde, se fit construire une petite maison au fond de son jardin pour y vivre le restant de ses jour. Cette tentation
de Democrite repose dans mon âme comme une variation possible sur l'art stoïcien de sortir d'une pièce enfumée. «
Updike se projette en 2020 au lendemain d’une guerre sino-américaine. Dévasté par un conflit court mais écologiquement dévastateur, l’Amérique post-conflit essaye de survivre dans un décor marqué
par la désagrégation de l’état fédéral (plus de dollar !) et le retour des démons du passé.
Ben Turnball voit se désintégrer les Etats-Unis au XXIème siècle, avec des flashbacks dans l’Egypte antique et le Moyen-Orient du temps de Paul de Tarse.
L’idée est intéressante, le décor parfait pour un film de fiction, mais Updike avec son personnage, rigide, impartial, à la limite pervers, parcours le livre comme un fantôme. Je ne parle même pas
de Gloria, sa femme, qui disparait et puis réapparait sans savoir pourquoi. Il y a des passages interminables sur la botanique et sur certaines théoriques physiques ouf !!! Il faut s’accrocher pour
finir le livre.
L’idée d’abandonner la lecture n’est jamais loin, on se disant qu’il y a quelque chose par la suite. Et puis… rien. Désolé ! Alors là on peut aller se rhabiller. C’est un livre qui ne suscite rien.
Peut-être que c’est cela le message. Allez savoir…
L'addiction des enfants aux divers écrans ne se révèle-t-elle, à terme, destructrice?
C'est simple est troublant: faut-il interdire les écrans aux enfants ? C'est la question que se pose Jean-Claude Guillebaud (Nouvelobs
05/11).
S'appuyant sur une livre de Bernard Stiegler et Serge Tisseron (éditions Mordicus), qui propose deux réponses: l'une rassurante, de Serge Tisseron et celle plus alarmiste de Bernard Stiegler.
Pour Serge Tisseron, les enfants d'aujourd'hui sont moins passifs et savent gérer leur relation avec l'écran. La Génération Digital natives familières des écrans, échappe à cette prétendue
aliénation.
A l'opposé B. Stiegler considère que l'addiction aux écrans participe d'une stratégie délibérée pour fabriquer des consommateurs dociles chez qui la pulsion aura remplacé le désir.
Au sens lacanien.
Comment éviter l'arrivée d'une génération de boulimiques dépendantes et dépresssives?
Par l'éducation et au bout du compte par la politique. Du moins celle qui devrait, idéalement gouverner la cité, conclut Guillebaud.